Mon parcours atypique en marketing : de cuisinier à l’IA
Si on m'avait dit que ce parcours atypique me mènerait au marketing et à l'IA, j'aurais rigolé.
Juillet 1997. CFC de cuisinier en poche, Relais de la Poste à Grandvaux. J'ai 20 ans. Pas parce que je rêvais des étoiles Michelin. C'était disponible, ça bougeait, et en cuisine tu apprends un truc que personne t'enseigne dans les écoles de commerce : quand il y a 200 couverts et qu'il est 20 h, tu fonctionnes avec ce que tu as. Tu apprends vite ou tu crèves. Cette mentalité, elle m'a plus servi que tout le reste.
Après le CFC, l'armée, des petits boulots, puis chef de partie pendant deux ans. La cuisine c'est du management brut. Tu dis "c'est bon" ou "c'est dégueulasse" et ça part à la poubelle. Pas de feedback sandwich. Pas de réunion de suivi. Juste la vérité en direct.

Le traiteur, le brevet, et les virages (2000-2006)
En septembre 2000, je crée un service traiteur. Confit de canard, foie gras, produits que j'ai appris à transformer. Je rentre comme fournisseur dans une chaîne d'hôtels. Je livre même les bateaux de la CGN. Un peu plus d'un an plus tard, c'est terminé. Les banques suivent pas. L'idée était bonne. Le timing, pas assez.
En parallèle je me lance dans le brevet fédéral. La matière je l'avais. Mais le jour de l'examen en juin 2002, j'ai paniqué. 3.9. Raté pour pas grand-chose. C'est con mais c'est formateur.
Après c'est des postes variés. Cuisinier en Valais. Une usine de pâtes alimentaires, oui. Et puis de mai 2005 à juin 2006, chef de cuisine puis responsable restauration au Palladium à Champéry. C'est le dernier poste en cuisine. Parce qu'après, une idée à la con change tout.
Un sex shop, du SEO, et des soirées à domicile (2006-2009)
2006. Je crée un sex shop en ligne et une boutique de lingerie. Sérieusement. Et ça marche. Pas parce que c'était révolutionnaire. Parce que la catégorisation était claire, les gens trouvaient ce qu'ils cherchaient sans honte, et surtout le SEO était bon. C'est là que j'ai compris que le référencement c'est pas un bonus. C'est ce qui fait que ton site existe ou pas.
J'ai tout appris sur le tas. Le web, le code, les moteurs de recherche. J'ai lu des forums, des blogs SEO, j'ai testé, j'ai cassé, j'ai recommencé. C'est pas une école qui m'a formé. C'est Google.
À côté, on organisait des soirées à domicile. Sex toys, lingerie, ou les deux. Genre Tupperware, version adulte. Ça marchait. C'était commercial et c'était direct. D'un coup moi qui suis cuisinier, je vends sur le web et en soirée. Pas prévu.

L'agence web et la montée en responsabilités (2008-2010)
Le e-commerce ça suffisait pas pour vivre. En février 2008, je prends un poste chez CsetID, une agence web en Suisse romande, comme responsable marketing. Je gère un portefeuille de clients B2B, je crée des supports de comm, je suis les ventes. J'ai gravi les échelons assez vite, animation d'une équipe commerciale régionale avec trois vendeurs.
Début 2010, la boîte ferme. Deux anciens collègues créent leur propre agence, Idées Conseils à Morges, et me demandent de les rejoindre comme responsable technique web. Supervision des projets, coordination entre les développeurs et les clients, optimisation SEO. Je dis oui.
Mais j'ai déjà autre chose en tête.


La Hongrie et les 100 sites (2011-2017)
Début 2011, je pars en Hongrie. Je crée Kat Web Bt à Ajka. L'idée c'est simple : facturer en francs suisses, payer en forints, et bosser principalement avec la Suisse. L'agence suisse avec qui je travaillais était mon client principal. On leur faisait les sites.
En six ans, plus de 100 projets. Sites WordPress, Drupal, du dev sur mesure quand il fallait. Des clients suisses et européens. Stratégies digitales, positionnement, branding, acquisition de trafic. On avait un processus. On était bon.
Ce que j'ai appris là-bas c'est la gestion à distance. Quand t'es à 1000 km de tes clients, tu parles pas tous les jours. Tu apprends à écrire des briefs clairs. À itérer sans micromanager. À faire confiance. Et à reconnaître vite si quelqu'un tient ses délais ou s'il te raconte des histoires.
Février 2017, c'est terminé. L'agence ferme.

Pause (2017-2022)
Retour en Suisse. Je m'occupe de mon fils. Cinq ans de pause familiale. C'est un choix. Pas un échec.
La reprise et l'IA (2022-maintenant)
2022. Les Bottés Toqués me trouvent. Au départ c'est du service client et de la création de posts pour les réseaux sociaux. Puis ça évolue. Je remplis le site avec les nouvelles recettes, je gère les articles du shop en ligne, je crée des landing pages. Je fais des shootings photo, produits et collaborateurs, pour les campagnes. Des newsletters via Mailchimp, des flyers, des fiches recettes sous InDesign. Je participe au lancement du projet "Bar à soupes" : développement des recettes, mise en place du processus de production, fiches techniques, packaging, flyers, préparation pour la certification Bio, suivi des coûts et livraisons. Et quand le projet des paniers recettes s'arrête, je fais la refonte complète du site.
C'est là que je retrouve le goût du concret. Pas spectaculaire. Utile.
Et puis en avril 2024, la curiosité fait son travail. ChatGPT est là depuis un moment, je teste. Puis Stable Diffusion en local, sauf que mon Mac est trop vieux et pas assez puissant. Je bascule sur Affogato pour générer des images, et c'est là qu'Éléonore naît. Un personnage virtuel lifestyle, créé pour le fun, pour voir ce que l'IA peut vraiment faire. En parallèle l'IA m'aide déjà pour la création des posts réseaux sociaux aux Bottés Toqués. Gabriella Red suit en mai 2024. SportLove dans la foulée.
C'est le même déclic qu'en 2006 quand j'ai découvert le SEO. Tu vois soudain un truc qui était invisible. Et tu sais que si t'apprends pas maintenant, à 49 ans, tu restes sur le carreau.
En novembre 2025, je décroche le certificat Marketing Digital et Réseaux Sociaux chez Cadschool. Puis en février 2026, celui de Community Management et Brand Content. 157 heures de formation. Deux certificats qui structurent ce que je faisais déjà instinctivement depuis des années.

Le fil rouge d'un parcours atypique en marketing
Je pourrais dire que tout s'est enchaîné logiquement. C'est faux. C'est pas linéaire. C'est accidentel.
Mais quand je regarde en arrière, le fil rouge c'est jamais le domaine. C'est le processus. Cuisinier c'est créer, servir, avoir du feedback immédiat. Le web c'est tester, mesurer, itérer. L'agence c'est architecturer et déléguer. L'IA c'est prompter, évaluer, trier.
Le vocabulaire change. Les outils changent. Mais l'action reste la même : poser une hypothèse, tester, jeter ce qui marche pas, doubler sur ce qui marche. Et surtout avoir l'honnêteté de dire "c'était une mauvaise idée" assez vite pour que ça coûte pas trop.
49 ans. Le Brassus, Vaud. Pas un parcours qu'on construit sur un plan de cinq ans. Juste quelqu'un qui dit oui à ce qui l'intéresse, non à ce qui l'énerve, et qui bouge quand c'est plus vivant.



